Chilly-Mazarin : Une enquête pour bavure ouverte contre la Police Municipale


21 mai 2020 - 762 vues

Le 31 octobre 2019, aux alentours de 1 heure du matin une patrouille de la Police Municipale (PM) roule en direction de Longjumeau. Au cœur d'un quartier sensible, le chef de brigade de nuit dégaine le mégaphone et crie :

« Allahou akbar, ce sont les Martiens, les extraterrestres, on arrive, préparez-vous! ».

La scène et les propos sont rapportés par Sylvie Pasero, pour cette agente de surveillance de la voie publique (ASVP) embauchée un mois auparavant, ce comportement ne passe pas. La femme de 52 ans a déposé plainte mi-février contre plusieurs policiers municipaux de la ville de Chilly-Mazarin et leurs chefs après avoir constaté, selon elle, de nombreux faits « qui trahissent les valeurs de l'uniforme ».

« Nous avons saisi le 13 mars la cellule déontologique de la Direction départementale de la sécurité publique de l'Essonne », confirme le parquet d'Evry-Courcouronnes, contacté ce mercredi par nos confrères du Parisien. Cette enquête vise à identifier « toute infraction pénale » dans un dossier particulièrement épais.

Car Sylvie Pasero a signalé sur papier toutes les scènes compromettantes auxquelles elle aurait assisté depuis septembre. Des tremblements dans la voix, elle revient sur la nuit d'Halloween, l'une de celles qui la hantent.

« Je ne dors plus, je rêve en boucle de mes collègues en patrouille, sanglote-t-elle. Je ne peux pas oublier ce que j'ai vu. »

Ce soir-là, l'ASVP rejoint une patrouille de la PM de Chilly-Mazarin vers 23 heures. Dans le véhicule se trouvent un chef de brigade, deux policiers municipaux et un autre ASVP.

« Sans raison, on est allés au foyer social Adoma, raconte Sylvie. Le chef de patrouille disposait d'un trousseau de clés qui ouvrait l'arrière du bâtiment, un lieu pourtant privé… Dans un couloir, un monsieur de type pakistanais faisait sa prière. Le chef l'a soulevé par le cou. Puis, sous ses ordres, un collègue a cassé tous les casiers de la pièce. » Après une pause, Sylvie raconte. « Dans une autre chambre, un résident faisait cuire du riz. Le chef a demandé à ce qu'on écrase la nourriture par terre, puis il a ouvert la fenêtre et balancé deux chaises. »

Plus tard dans la soirée, après l'utilisation du mégaphone, la PM aurait fait un arrêt au parking Saint-Eloi.

« Mon chef a voulu contrôler une famille dans une voiture, encore des gens de couleur, reprend Sylvie. Il a brandi la carte handicapé du véhicule en prétendant que c'était une fausse, alors qu'elle était vraie. »

Sylvie dénonce un « contrôle exclusif des personnes maghrébines et sud-sahariennes », ainsi qu'un « tutoiement, des injures racistes et des menaces verbales », de la part de certains policiers municipaux de nuit. Comme ce jour du mois d'octobre où son chef aurait demandé à « un vieil homme d'origine maghrébine » de « courir s'il ne voulait pas se faire contrôler ».

Pour s'être opposée à ces pratiques présumées, l'ASVP affirme avoir été mise sous pression par ses supérieurs hiérarchiques, particulièrement le 29 novembre 2019, où elle se retrouve seule face à ses collègues et chefs. « On m'a fait comprendre qu'il fallait arrêter d'en parler, s'indigne-t-elle. Pourtant, leur métier, c'est faire respecter la loi ! »

Le 14 décembre 2019, elle alerte le maire de Chilly-Mazarin, Jean-Paul Beneytou (LR).

« Je l'ai effectivement reçue, confirme l'élu, joint ce jeudi. Au départ, j'étais stupéfait par son récit. J'ai donc ordonné l'ouverture d'une enquête administrative. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'en janvier, l'enquêteur a conclu que ses propos étaient faux. Il a recommandé de la licencier immédiatement. »

Le 10 février, tandis qu'elle dépose plainte au commissariat de Longjumeau, Sylvie est suspendue de ses fonctions pour une durée de quatre mois par la mairie, au motif que son comportement est « susceptible de nuire gravement et immédiatement à l'activité du service public ».

« C'est une personne psychologiquement instable, dont les propos sur la police municipale sont à 95% mythomanes », affirme Jean-Paul Beneytou, qui justifie cette suspension.

Sylvie peine aujourd'hui à retrouver un emploi, la faute, selon elle, à une mauvaise recommandation de ses anciens supérieurs de Chilly-Mazarin. S'estimant « placardisée », elle a fait appel au soutien du syndicat Sud collectivités territoriales 91. Un ASVP visé par ses plaintes, de son côté, a signé un contrat à durée indéterminée.

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