C’est à Essonnes (aujourd’hui Corbeil-Essonnes) que l’essuie-tout le plus célèbre de France a vu le jour, il y a 80 ans. Mais il n’y est pas resté longtemps.

Une idée rapportée des États-Unis

À la fin des années 1940, Stanislas Darblay, de la famille qui dirige la papeterie d’Essonnes, est envoyé en mission aux États-Unis par son père. Il y découvre des usages du papier presque inconnus en France : mouchoirs, couches, produits pour l’entretien de la maison. De retour, il convainc sa famille. En 1946 naît la Société du Papier Linge, avec une seule machine à Essonnes. Son nom donne celui du produit : So-Pa-Lin, déposé à l’INPI en 1948.

Le succès est immédiat. La papeterie doit étendre ses ateliers à Essonnes et à Villabé pour suivre la demande.

Pourquoi il a quitté l’Essonne

Le Sopalin n’est pourtant resté qu’une dizaine d’années dans le département. Associée à l’américain Kimberly-Clark, la famille Darblay voulait installer une machine moderne à Corbeil-Essonnes, mais le permis de construire a été refusé en 1958, sans que les raisons soient clairement expliquées. L’usine a donc été construite à Sotteville, près de Rouen, et Kimberly-Clark est devenu actionnaire majoritaire. Depuis 2010, la marque appartient au groupe italien Sofidel, et le Sopalin est fabriqué à Frouard, en Meurthe-et-Moselle.

Le Sopalin n’est qu’un chapitre de l’histoire du site. Dès 1388, des moulins à papier fonctionnent le long de l’Essonne, et c’est ici qu’en 1798 Louis-Nicolas Robert met au point la première machine à papier continu. Entre 1850 et 1950, on y imprime Le Petit Journal et Le Petit Parisien. La papeterie ferme définitivement en 1996, et la Ville rachète le site en 2005.

Dernier détail : en 2010, le concurrent Georgia-Pacific (Lotus, Moltonel, Okay) a tenté de faire annuler la marque Sopalin, en expliquant que le mot était devenu courant pour désigner n’importe quel essuie-tout.

En 2011, le tribunal de Paris l’a débouté : Sopalin reste bien une marque.